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IA souveraine et éducation : ce que change une IA européenne

IA souveraine et éducation : ce que recouvre le mot, le cadre d'usage de 2025, l'AI Act, le RGPD, et les questions à poser avant d'adopter un outil d'IA.

Par Mehdi Ghoulam, Cofondateur de Mindlet Publié le 7 min de lecture

« IA souveraine » est devenu un argument de vente, et parfois un slogan. Pour un chef d’établissement, un enseignant ou un responsable numérique, la question est pourtant concrète : à qui confie-t-on les copies, les cours et les réponses des élèves quand on adopte un outil d’IA ? Cet article fait le point sur ce que recouvre le mot, sur les textes qui encadrent l’IA dans l’éducation en France et en Europe, et sur les questions à poser à un fournisseur. Il se termine par la situation de Mindlet, détaillée aussi sur notre page intelligence artificielle.

Qu’est-ce qu’une IA souveraine ?

Aucun texte ne définit l’expression. Dans les débats publics, elle recouvre quatre questions distinctes, qu’il vaut mieux séparer :

DimensionLa question à poserPourquoi elle compte
Les modèlesQui développe et opère les modèles d’IA ?Le fournisseur fixe les conditions d’usage, l’évolution et la disponibilité du service
Les donnéesOù les contenus et les données des élèves sont-ils traités et stockés ?Le lieu de traitement détermine une partie des règles applicables et des risques de transfert
Le droitÀ quelles lois le fournisseur et ses sous-traitants sont-ils soumis ?Certaines lois étrangères permettent à des autorités d’exiger des données, même stockées en Europe
La réversibilitéPeut-on exporter ses données et changer d’outil ?Un outil dont on ne peut pas sortir crée une dépendance durable

Une IA « européenne » coche en général mieux les trois premières cases. Mais un service se compose de nombreux prestataires : hébergement, envoi d’emails, mesure d’audience, paiement. Un modèle développé en France peut tourner sur une infrastructure américaine, et inversement. La souveraineté se vérifie prestataire par prestataire.

Pourquoi la question se pose-t-elle dans l’éducation ?

Parce que les données en jeu concernent souvent des mineurs, et qu’elles en disent beaucoup : ce qu’un élève sait, ce qu’il ne sait pas, ses difficultés, parfois sa façon d’écrire ou sa voix.

Le cadre juridique européen est protecteur. Le RGPD encadre tout traitement de données personnelles, et son article 48 prévoit qu’une décision d’une autorité d’un pays tiers exigeant le transfert de données ne peut être reconnue que sur la base d’un accord international. Mais un fournisseur soumis à une loi étrangère peut se trouver pris entre deux obligations. C’est le cas, par exemple, du CLOUD Act américain de 2018, qui permet aux autorités des États-Unis d’exiger d’un fournisseur soumis à leur droit les données qu’il contrôle, y compris lorsqu’elles sont stockées hors du territoire américain.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les pouvoirs publics français cherchent des solutions européennes pour l’école et l’université.

Que font les pouvoirs publics français ?

Trois initiatives, publiques et datées, donnent le cadre.

Le cadre d’usage de l’IA en éducation. Publié par le ministère de l’Éducation nationale le 14 juin 2025, il autorise un usage pédagogique encadré des IA génératives par les élèves à partir de la quatrième. Il tolère les services grand public pour les personnels à condition de n’y saisir aucune donnée personnelle ou sensible, et considère comme une fraude un devoir réalisé par une IA sans autorisation. La feuille de route 2026-2027 du ministère prévoit ensuite le passage à l’échelle d’outils souverains pour les enseignants et d’un tuteur pour les élèves, ANSU, qui procède par questionnement, « sans décharge cognitive ».

Une IA souveraine pour les enseignants. Le ministère a annoncé en 2025 un appel à projets de 20 millions d’euros, financé par France 2030, pour développer une IA souveraine destinée aux enseignants, notamment pour préparer les cours (ministère de l’Éducation nationale, « Intelligence artificielle au service de l’éducation »). En attendant cet outil, l’usage de services grand public reste toléré dans les conditions du cadre d’usage.

Un agent conversationnel pour l’enseignement supérieur. Le 13 juin 2025, le ministère de l’Enseignement supérieur et l’Agence de mutualisation des universités et établissements (AMUE) ont lancé un partenariat d’innovation avec Mistral AI pour un agent conversationnel destiné aux étudiants, aux enseignants et aux personnels, expérimenté à partir de septembre 2025 dans 21 établissements pilotes (ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche).

Que change l’AI Act pour l’éducation ?

Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’AI Act (règlement (UE) 2024/1689), classe les systèmes d’IA selon leur niveau de risque. Son annexe III range parmi les systèmes à haut risque, dans le domaine de l’éducation et de la formation, ceux qui servent à :

  • décider de l’accès ou de l’admission dans un établissement ;
  • évaluer les acquis d’apprentissage, y compris lorsque cette évaluation oriente le parcours ;
  • déterminer le niveau d’enseignement approprié pour une personne ;
  • surveiller et détecter les comportements interdits pendant les examens.

Ces systèmes devront respecter des obligations renforcées : gestion des risques, qualité des données, documentation, contrôle humain. Le calendrier a bougé. Le règlement (UE) 2026/1744, dit « omnibus numérique sur l’IA », entré en vigueur le 27 juillet 2026, a reporté l’application de ces obligations au 2 décembre 2027 (texte consolidé et analyse sur artificialintelligenceact.eu). D’autres dispositions s’appliquent déjà : depuis le 2 février 2025, l’article 5 interdit par exemple les systèmes de reconnaissance des émotions dans les établissements d’enseignement, sauf raisons médicales ou de sécurité.

Un outil qui aide un élève à s’entraîner sans peser sur une décision d’admission, de notation ou d’orientation ne relève pas, a priori, de ces catégories. Mais l’analyse se fait cas par cas, selon l’usage réel : un même logiciel peut changer de catégorie selon qu’on l’utilise pour réviser ou pour noter.

Quelles questions poser avant d’adopter un outil d’IA ?

La grille suivante sert à interroger un fournisseur. Les réponses doivent figurer dans les documents contractuels du fournisseur, pas seulement dans sa communication.

QuestionOù trouver la réponse
Quels modèles d’IA sont utilisés, et par quels fournisseurs ?Page technique, documentation, liste des sous-traitants
Où les données sont-elles traitées et stockées ?Politique de confidentialité, mentions légales, accord de traitement
Quels sous-traitants interviennent, et dans quels pays ?Liste des sous-traitants (article 28 du RGPD)
Les contenus servent-ils à entraîner des modèles ?Conditions d’utilisation : chercher un engagement écrit, et vérifier s’il engage aussi les fournisseurs de modèles
Combien de temps les données sont-elles conservées ?Politique de confidentialité
Peut-on exporter toutes les données, à tout moment ?Conditions d’utilisation, fonctions d’export
Le fournisseur fait-il de la publicité ou revend-il des données ?Conditions d’utilisation, politique de confidentialité
L’outil prend-il des décisions sur les élèves (notes, orientation) ?Description fonctionnelle ; si oui, statut au regard de l’AI Act
Que se passe-t-il quand l’IA se trompe ?Conditions d’utilisation ; procédure de signalement ; relecture prévue par l’enseignant

Une recommandation pratique : demandez une démonstration sur vos propres contenus, et faites relire ce que l’outil produit par les enseignants concernés avant toute diffusion aux élèves.

Où se situe Mindlet ?

Par souci de cohérence avec la grille ci-dessus, voici nos propres réponses, telles qu’elles figurent dans nos documents publics.

  • Les modèles. La génération des cartes et des exercices, l’assistant, la reconnaissance de texte et la transcription audio utilisent les modèles de Mistral AI, entreprise française. Mindlet n’est pas pour autant « tout Mistral » : certaines images sont produites par d’autres modèles.
  • Les données. Nos prestataires principaux traitent les données dans l’Union européenne. Certains prestataires sont non européens, par exemple pour l’envoi des emails. La liste complète, avec les lieux de traitement, figure dans nos mentions légales.
  • L’entraînement. Nos conditions d’utilisation le disent : nous n’utilisons pas vos contenus pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle. C’est un engagement de Mindlet.
  • La publicité. Il n’y a aucune publicité dans le produit, et aucune revente de données.
  • Les décisions. Mindlet aide à réviser et à s’entraîner. Ses examens blancs ne produisent aucune note certificative.
  • Les erreurs. L’IA peut se tromper ; nos conditions d’utilisation le rappellent. Les établissements de notre programme pilote s’engagent à relire ce que l’application produit avant de le diffuser.

Notre page protection des données détaille ces points, et la page enseignants et établissements présente l’usage en classe. Pour la question voisine des usages par les élèves eux-mêmes, lisez notre article sur l’IA pour réviser sans tricher.

Quel que soit le fournisseur, demandez-lui de répondre par écrit à chaque ligne de la grille ci-dessus.

FAQ

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une IA souveraine ?

Il n'existe pas de définition juridique. Le terme désigne en général une IA dont on maîtrise quatre choses : qui développe les modèles, où les données sont traitées, quel droit s'applique au fournisseur, et la possibilité de changer d'outil sans perdre ses données. Une IA développée et opérée en Europe coche plus facilement ces cases, mais chaque prestataire se vérifie.

L'AI Act s'applique-t-il aux outils éducatifs ?

Oui. Le règlement européen sur l'IA (UE 2024/1689) classe à haut risque, dans son annexe III, les systèmes utilisés pour l'admission, l'évaluation des acquis, l'orientation vers un niveau d'enseignement et la surveillance des examens. Depuis le règlement (UE) 2026/1744, ces obligations s'appliquent à partir du 2 décembre 2027.

Les enseignants peuvent-ils utiliser ChatGPT ?

Le cadre d'usage de l'IA en éducation, publié par le ministère le 14 juin 2025, tolère les services grand public à condition de n'y saisir aucune donnée personnelle ou sensible. Le ministère a annoncé en parallèle le financement d'une IA souveraine destinée aux enseignants, dans le cadre de France 2030.

Une IA française suffit-elle à garantir la conformité au RGPD ?

Non. Le pays d'origine du modèle est un critère parmi d'autres. Il faut aussi savoir où sont stockées les données, quels sous-traitants interviennent, combien de temps les données sont conservées, si elles servent à entraîner des modèles et comment les exporter. Ces informations doivent figurer dans les documents contractuels du fournisseur.

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